Non à la grève

Le méchant étudiant pour la hausse.

Faire de la politique

DISCLAIMER: Je suis membre du PLQ.

La FECQ et la FEUQ entrent dans l’arène de la politique provinciale. La ligne de l’acceptable vient d’être franchie.

La FECQ et la FEUQ réalisent-elles qu’elles abusent des fonds qui leur sont donnés en agissant de la sorte? Est-ce dans leur mandat de s’immiscer dans le grand jeu politique québécois? Aux dernières nouvelles, elles devraient se concentrer sur les enjeux étudiants, la raison principale pourquoi elles ont été fondées.

Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas qu’ils veulent s’engager contre les libéraux. C’est qu’implicitement, ils militent pour le PQ. Quel est le seul parti crédible pouvant nuire au PLQ et qui est contre le plan gouvernemental (quoique c’est plutôt vague en ce moment)? Le Parti Québécois. Ajoutons que les deux fédérations ont une vieille réputation d’être un club-école péquiste. De plus, elles ne sont pas gênées pour se montrer en compagnie des députés de l’Opposition officielle, faisant notamment une conférence de presse en leur présence. Pauline Marois y était. Finalement, un document interne de la FECQ mentionne que la fédération devra garder de bons liens avec les députés péquistes, les considérant comme des « alliés ». La question se pose. Les deux fédérations vont-elles au combat pour les étudiants ou pour le PQ?

Faudra-t-il rappeler que parmi les 200 000 étudiants membres de la FECQ et de la FEUQ, il y a des sympathisants de tous les partis et pas seulement du Parti Québécois? Croyez-vous que ces gens seraient heureux de savoir que leur argent sert à militer contre le parti qu’ils appuient et pour qui ils donnent peut-être du temps et de l’argent? C’est un manque flagrant de respect envers leurs membres. En tant que militant libéral, je ne demande pas aux autres de payer ma carte de membre. L’argent des cotisations étudiantes ne devraient pas servir à militer activement contre un parti.

Si les fédérations veulent agir de la sorte, qu’elles ouvrent un compte dans lequel leurs membres pourront donner volontairement. Ce n’est même plus une question d’éthique, c’est une question de décence.

Je n’aime pas la CLASSE, mais au moins, ils sont inflexibles quant aux affiliations politiques: c’est non.

Une autre raison pour demander la dépolitisation des associations étudiantes.

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J’aurais aimé manifester

Malheureusement, être pour la hausse est une question de tête. Être contre est une question de cœur.

Avez-vous remarqué comment cela se passe dans la sphère publique? Ceux en faveur du plan de financement gouvernemental parleront en chiffres et en notions d’économie. Ceux qui sont contre répéterons que la question n‘est pas comptable, que l’éducation ne devrait pas être soumise à une telle logique et que la collectivité devrait s’en occuper.

Le reste dans ma chronique bi-mensuelle du Délit de McGill

22 mars

Un bel exemple de démonstration dans les règles de l’art. Je félicite les organisateurs et les participants pour le calme dans lequel ça s’est passé.

Cette manifestation mérite le titre de manifestif.

Je tiens à féliciter ceux qui ont fait preuve de créativité et d’intelligence, ceux qui ont occupé l’espace public avec humour et imagination et ceux qui ont jugé qu’une cause valait bien un peu de leur temps. C’est une belle valeur que celle de l’engagement. Les principes manquent cruellement dans l’espace public québécois et canadien et il fait bon de voir des gens se tenir pour ce qu’ils croient.

Je m’oppose toujours à la grève étudiante, mais pendant un moment, j’aurais aimé que ce soit une cause avec laquelle j’étais d’accord.

200 000 bravo (oui, 200 000, pas 100 000).

Si vous regardez bien dans la foule, vous démasquerez votre dévoué serviteur!

Je n’ai pas pu me retenir.

La glorieuse démocratie étudiante

Voici venu le jour tant attendu. Avant de vous lancer dans la joie dans la grosse manifestation de cet après-midi, rappelez-vous qui vous a mis en grève.

  • Les étudiants aux cycles supérieurs du HEC sont tombés en grève d’un jour avec 48,6% du vote en faveur. Pas besoin de majorité en démocratie étudiante.
  • L’AFESPED, l’association pour les étudiants en droit et sciences politiques de l’UQAM, a cessé de mener des assemblées de reconduction de grève et ce jusqu’à ce que la ministre annule la hausse des frais. Pourtant, l’ASSÉ écrivait, dans son journal L’Ultimatum de novembre 2011, que les mandats de grève devaient être renouvelés à chaque semaine. N’allez pas croire qu’ils ont condamné la manoeuvre. Ils sont restés silencieux. Quand ça fait ton affaire…
  • Au CÉGEP de Rimouski, un vote de reconduction de grève battu a finalement passé. Comment? Simple, attendez que ceux qui doivent aller travailler et qui sont contre la grève partent et redemandez le vote. Édifiant, non?
  • L’AGEEFEP, l’association des étudiants de la faculté d’éducation permanente de l’UdeM, a perdu son vote de grève 51,7% contre 48,3%. Réaction du CA?

La démocratie, c’est bien, mais pas quand ça fait pas leur affaire.

  • L’AELIES, l’association étudiante pour les étudiants de 2e et 3e cycle de l’université Laval, a mis 11 000 personnes en grève d’une manière totalement absurde. Allez lire ce billet pour un bon compte-rendu des perles de l’AG. Les cartons de vote étaient des carrés rouges (subtil). Le référendum électronique a été décrié comme trop accessible (vous savez qu’on n’a pas tous le temps de prendre plusieurs heures pour voter?) et le vote secret a été rejeté. La meilleure: un résolution contraignant l’AELIES à respecter les votes des associations facultaires a été battue. Donc, si votre asso facultaire a voté contre, vous êtes en grève quand même. Si l’AELIES avait voté contre, votre asso facultaire aurait pu voter la grève. Face, je gagne, pile, tu perds.
  • La Palme d’Or va à Concordia. 1152 étudiants ont mis 35 000 étudiants en grève. 3,3% des étudiants ont voté pour la grève. Bravo, la démocratie étudiante!

Ne parlons pas de tous ces votes à main levée, ces refus de tenir des référendums électroniques et du biais évident de nombreuses associations étudiantes. Promenez-vous sur votre campus et regardez toutes les affiches pro-grève. Qui a payé pour ça? Vous et on ne vous a jamais demandé votre permission pour avoir l’argent. L’espace public a été dominé par une seule voix, celle de la propagande.

Répétez 100 fois un mensonge et il devient une vérité.

Je vous repose la question. Qui vous a mis en grève?

La fantaisie

Les associations étudiantes croient au Père Noël. J’ai une mauvaise nouvelle: il n’existe pas.

Faisons payer les riches et les entreprises

On nous parle souvent des 10 paliers d’imposition et d’imposer plus les entreprises. Les chiffres souvent cités proviennent d‘une étude de l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques). Deux problèmes avec cette étude: elle n’a été écrite par aucun économiste et elle ne tient pas compte de l’impact d’une plus grande taxation sur l’économie. Le 2e point suffit pour la discréditer, mais je vais quand même expliquer pourquoi elle tient du conte de fées.

D’abord, nous devons vivre dans une société terriblement inégalitaire pour que plein de riches puissent s’en mettre plein les poches sur le dos de la classe moyenne. Vraiment? Non, nous dit Martin Coiteux.  Depuis 1993, ce sont les 20% les moins riches au Québec qui se sont enrichis. Toutefois, devinez ce qui est venu tout gâcher? L’impôt québécois. Au fur et à mesure que ceux-ci s’enrichissaient, l’État québécois, qui autrefois les aidait, s’est mis à tout leur enlever. Résultat? Le 20% plus riche s’enrichit et  le reste paie la note. Constat de Martin Coiteux?

En définitive, c’est la forte progressivité du système fiscal québécois et canadien qui a ramené les importants gains de revenus des 40% les moins riches au niveau nettement plus modeste de ceux des 40% appartenant aux classes moyenne et moyenne supérieure.

Et on veut taxer encore plus? Vous me répondrez que justement, nous allons corriger la situation avec les 10 paliers d’imposition. Ravisez-vous, ça ne marchera pas.  Ceux gagnant plus de 100 000$ paient 21% des revenus de l’impôt au Québec, alors qu’ils ne représentent que 4% de la population. Au Québec, le revenu moyen chez les gens gagnant plus de 100 000$ est de 183 000$. Aux États-Unis, il est de  258 000$. Autrement dit, les États-Unis ont des riches. Nous n’en avons pas. Et non, ils ne sont pas cachés quelque part dans le sous-sol de Sagard. De plus, gardez en tête que les plus riches sont les plus mobiles de la société. Ils sont aussi ceux qui ont les moyens de se payer de bons comptables et de bons fiscalistes.

Passons aux entreprises. Ce sera bref: trop d’impôt tue l’impôt. Les gouvernements obtiennent plus de recettes fiscales de la part des entreprises avec un taux à 25% qu’avec un taux à 48%.  La CLASSE veut suivre les recommendations de l’IRIS? Saccageons notre économie! Ils se consoleront en disant que c’est un choix de société et qu’au final, rechercher le bien-être économique, ce n’est pas si nécessaire.

Des vraies solutions

Maintenant que vous savez que la CLASSE imagine des riches au Québec et que sa croyance que les compagnies produisent pour payer de l’impôt tient de la fabulation, passons aux choses sérieuses. Quelles sont les solutions à l’impasse actuelle? En voici trois.

Revaloriser l’éducation supérieure

Vous me direz que je me mets le doigt dans l’oeil. Malheureusement, il semblerait que les Québécois ne valorisent pas beaucoup l’éducation. Au Québec, 40% des étudiants universitaires décrochent avant l’obtention de leur diplôme. Dans le reste du pays, on parle de 23%. Ceux qui décrochent, avec des frais aussi bas, représentent une perte de plus de 20 000$ par année passée l’université. Ils ont été subventionnés pendant plusieurs sessions, mais les contribuables ne jouiront jamais du retour fiscal qu’ils devraient avoir. Ajoutons que les Québécois sont très peu généreux envers leur alma mater. Dans le reste du pays, les particuliers représentent 42% du financement privé des universités. Au Québec, c’est 6%. Les dons sont pourtant une marque de gratitude envers l’institution qui nous permet de grandir comme individu et qui nous donne des outils incroyables pour la vie. Il faut aussi mettre fin à la pensée que l’éducation est un service comme les autres et non un investissement. Le rendement moyen d’un diplôme est de 16%, après impôt, par année. La hausse, par rapport aux gains d’être diplômé, c’est du petit change. Ça vaut la peine de payer et les gens doivent le réaliser.

Épargner

Le pus beau cadeau qu’un parent peut faire à son enfant, c’est l’éducation. Alors dites-moi pourquoi les parents québécois arrivent en neuvième place sur dix provinces en matière d’épargne-études? Luc Godbout répond:

 Il est également facile d’admettre que devant les faibles droits de scolarité, les Québécois voient moins la nécessité d’épargner pour les études de leurs enfants.

Dommage. Pourtant, l’épargne-études est un outil formidable pour assurer l’accès à l’université de nos enfants. En plus, les gouvernements fédéral et provincial fournissent une aide considérable. Le gouvernement du Canada subventionne jusqu’à 7200$ l’épargne-études. Le gouvernement du Québec, lui, jusqu’à 3600$! Cela fait un total de 10 800$ en subventions. Un compte d’épargne-études devrait être ouvert dès la naissance d’un enfant.

Mettre en place un système de remboursement proportionnel au revenu

Si les associations étudiantes veulent négocier, voici leur meilleur pari. Le remboursement proportionnel au revenu permet à l’étudiant de choisir entre payer maintenant ou payer plus tard, lorsqu’il aura un revenu minimal. Le remboursement sera fiscalisé, donc il s’effectuera en payant de l’impôt. L’Australie l’a essayé. Résultat? Elle a pu moduler les frais de scolarité en fonction des programmes et les augmenter. Quant à l’accessibilité, elle a augmenté. Les inscriptions ont cru de 50% depuis l’instauration du système et la composition socio-économique du corps étudiant n’a pas changé. Il s’agirait de la solution à l’impasse. J’oubliais… la CLASSE s’y oppose. 

Pendent ce temps-là, les associations étudiantes et les opposants à la hausse nous radotent la même histoire. L’éducation est une responsabilité collective, c’est le Printemps Étudiant, c’est la fin de la justice sociale, la marchandisation du savoir et la fin du modèle québécois en général. Ils vivent dans une fantaisie, rien de moins. Ils vivent dans une fantaisie où tout est dû à une collectivité inventée qui existe seulement par l’impôt selon eux. Taxons, taxons, chantent-ils en choeur. Mais taxer qui? Peu importe, faisons payer quelqu’un d’autre que nous. Quelqu’un qui n’a pas de visage, parce qu’il n’existe pas. Taxons continuellement, jusqu’à tout étouffer. Ça n’aura pas d’impact! L’IRIS nous a dit qu’on aurait plus d’argent, ça doit être vrai.

On peut se complaire dans des grands idéaux collectivistes et sur la mission fondamentale de l’université. Or, ça ne balance pas les livres à la fin de la journée. La vie n’est pas une logique comptable, mais la logique comptable fait partie de la vie, n’en déplaise à certains philosophes qui vivent dans les nuages. Le discours idéaliste doit prendre fin au Québec. Il n’y aura pas éternellement quelqu’un d’autre pour payer.

J’ai cessé de croire au Père Noël il y a 16 ans. Il est temps que les opposants à la hausse fassent de même.

Je dis non

Sur fond de musique dramatique, nos artistes se sont lancés dans une campagne de peur menée par les extrémistes de la CLASSE. Sûrement que les participants à ce vidéo étaient parfaitement au courant du refus de condamner la violence et des positions complètement saugrenues de la Coalition avant le tournage…

Fidèles à leurs habitudes, les quelques artistes de ce vidéo ont dit une quantité incroyable de faussetés. Au moment d’écrire ces lignes, 30 000 personnes ont vu le clip. Il est temps de réparer les dégâts intellectuels.

Affirmation 1 – Le Québec, s’pa une business

En effet, les universités québécoises ne sont pas des entreprises privées. Une institution dont près de 68% du financement vient du gouvernement s’appelle une société d’État.

Julien Poulin peut donc dormir sur ses deux oreilles. L’éducation au Québec, s’pa une business.

Affirmation 2 – On donne notre sous-sol et on se met à genoux devant des multinationales

Je ne ferai pas d’exposé sur les bienfaits de la mondialisation pour l’Humanité, la richesse qu’elle apporte et la paix qui l’accompagne. Je laisserai Paul Krugman expliquer pourquoi l’ouverture des marchés bénéficient aux plus pauvres de la planète, même si ça n’en a pas l’air. L’explication pacifique, je la laisse à Friedman. Excusez l’aparté . Revenons au Québec.

On donne nos ressources minières? Alors expliquez-moi pourquoi les droits miniers perçus au Québec sont 28% plus élevés que dans le reste du pays. Donc Paul, ne t’inquiète pas pour notre sous-sol.

Affirmation 3 – Nos taxes financent des avions de chasse et des portraits de la Reine

Nos taxes financent pas mal d’autres aberrations que des portraits de la Reine, Mme Baillargeon. Si vous cherchez un scandale fiscal, allez voir ailleurs. Pour ce qui est des dépenses militares, un cours de fédéralisme s’impose. L’armée est une compétence fédérale. L’éducation est une compétence provinciale.

À moins que vous ne souhaitiez voir Ottawa prendre une plus grande part dans les affaires du Québec, ce dont je doute compte tenu de vos opinions sur la question nationale.

Affirmation 4 – La hausse des frais, c’est 1625$ par année

Le clip est complètement discrédité lorsque Julien Poulin fait cette affirmation complètement fausse. La hausse, c’est 1625$ sur 5 ans, donc 325$ par année. Comment peut-on se prononcer sur une question lorsqu’on ne sait même pas quelle est la question? La CLASSE n’a même pas cru bon corriger cette petite erreur. Je ne m’attendais pas à mieux. La CLASSE n’a pas vraiment à coeur l’intégrité intellectuelle. Continuez à lire pour savoir pourquoi.

Affirmation 5 – Des milliers d’étudiants n’iront plus à l’université

Michel Rivard va au coeur du problème: l’accessibilité. Le célèbre chanteur semble avoir plus embrassé la cause par romantisme nostalgique plutôt qu’après avoir fait une recherche rigoureuse. Et ça paraît. Il gobe sans broncher l’histoire du 7000 étudiants qui quitteraient l’école. Il s’agit d’une fraude intellectuelle pure et simple de la part de la CLASSE. Si un tel chiffre avait été cité dans le contexte utilisé par la Coalition dans un travail universitaire, elle aurait été recalée.

Voici la réalité. La projection du 7000 étudiants est basée sur une hausse drastique et soudaine des frais de scolarité. Ce n’est pas ce que le gouvernement propose! Ce n’est pas moi qui le dit, mais bien le Comité Consultatif sur l’Accessibilité Financière aux Études (CCAFE). C’est le même comité qui aurait conclu, selon la CLASSE, que 7000 étudiants quitteraient l’université qui dit précisément que ce chiffre n’est pas utile dans le contexte actuel!

Le problème de l’utilisation de ces scénarios, convient Vierstraete, c’est qu’ils supposent une hausse soudaine et immédiate des droits de scolarité. Or, ce n’est pas ce qui est prévu dans le budget 2011-2012, puisque les droits augmenteront progressivement sur une période de cinq ans. Ces estimations doivent donc être utilisées avec la plus grande prudence. Cet exercice d’estimation suppose aussi que les étudiants subissent les hausses des droits de scolarité sans changer aucunement leur comportement. Or, précise Vierstraete, il est vraisemblable que cela ne sera pas le cas.
Source: http://www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/ccafe/50-1123.pdf (p.28)

Tournons un peu plus le fer dans la plaie. L’auteure met en garde les associations étudiantes contre l’utilisation abusive de son étude.

Les étudiants changeront leur comportement, c’est évident. L’utilisation du 7000 étudiants est frauduleuse. Michel Rivard aurait dû être plus prudent avant d’avancer « des milliers d’étudiants ».

N’arrêtons pas la discussion sur l’accessibilité maintenant. Il y a trop de mensonges à démonter. En Ontario, entre 1992-1993 et 2002-2003, les frais ont augmenté en moyenne de 7% par année. Quel a été l’effet sur l’accessibilité? Une hausse moyenne des inscriptions de 1,26% par année au cours de la même période. Cette augmentation est plus élevée que l’augmentation de la population âgée de 20 à 24 ans.

Pourquoi s’arrêter maintenant? Parlons de la Colombie-Britannique. De 1992-1993 à 2005-2006, les frais de scolarité ont augmenté en moyenne de  4,74% par année. Les inscriptions ont augmenté en moyenne de 3,04% par année pendant que la population âgée de 20-24 ans connaissait une croissance bien moindre.

Rentrons à la maison. Au Québec, lors du dégel de 1989-1990 à 1993-1994, les inscriptions ont continué d’augmenter, même si on connaissait une période de décroissance démographique. Une baisse a eu lieu de 1995 à 1998, mais elle s’est aussi remarquée dans les CÉGEP, qui sont pourtant gratuits.

Vais-je m’arrêter là? Absolument pas. Parlons du Royaume-Uni, qui a drastiquement augmenté ses frais de scolarité. En fait, le gouvernement de David Cameron les a triplés! Quel a été l’effet? Une baisse réelle de 2% à 3% des inscriptions, lorsqu’on contrôle toutes les variables. On parle ici de frais de 14 000$ par année! Et les plus démunis? On a vu une baisse de 0,2% de leurs inscriptions à l’université contre 2,5% pour les plus fortunés. Et les Britanniques ont triplé les frais en une année!  Les experts ont été confondus. Je ne suis pas surpris. Les prophètes de malheur ont souvent tort.

Continuons. 35% de la hausse retournera aux étudiants dans les prêts et bourses. 488$ d’économies en crédits d’impôts sont possibles.  Des arrangements avec les parents sont possibles.

L’accessibilité menacée? Pas du tout.

Michel Rivard, vous avez tort. La CLASSE a tort. Le mouvement étudiant a tort.

Affirmation 6 – Chez nous, j’ai des fleurs et quand je ne les arrose pas, elles meurent 

Dans ma ville, j’ai 4 universités. Quand on les sous-finance chroniquement, elles meurent.

Déficit cumulé des universités en 2009: 483 millions. 

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Ce printemps, je dis non. Je dis non aux gens qui vont en grève sans être informés. Je dis non à la désinformation chronique. Je dis non aux gens qui se prononcent sans savoir ce dont ils parlent. Je dis non au sentimentalisme dégoulinant.

Ce printemps, je suis pour la hausse. Ce printemps, j’assure l’avenir de l’université québécoise.

Aucun compromis

L’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) n’a jamais eu une très bonne réputation. Toujours fermement marquée à l’extrême-gauche par ses ambitions révolutionnaires, elle n’a a jamais joui d’une grande crédibilité. Ses revendications oublient constamment une variable importante: la réalité. Comment remédier à la situation? Simple. Changez de nom, appelez vous la CLASSE et ayez l’air d’une grande coalition pour le salut de l’éducation post-secondaire au Québec. Les gens oublieront ce pourquoi vous vous battiez avant de vous cacher derrière un nouveau nom. Pourtant, un petit tour dans la section «Revendications» du site http://www.asse-solidarite.qc.ca permet de nous rafraîchir la mémoire.

Vous remarquerez que j’utilise CLASSE et ASSÉ de manière interchangeable. C’est parce qu’elles sont interchangeables.

Alors, que vous cache la CLASSE?

L’ASSÉ se prononce contre le Remboursement Proportionnel au Revenu (RPR). 

Le RPR est pourtant une bonne idée, puisqu’il permet d’ajuster le remboursement de la dette étudiante au revenu que l’étudiant obtiendra.  Il synchronise ainsi le monde de l’éducation et le marché du travail. Vous sortez de l’université et devenez avocat à Norton Rose? Vous paierez votre dette rapidement à travers votre rapport d’impôts. Vous sortez de l’université et devenez bibliothécaire? Vous paierez votre dette étudiante par petits paiements sur une plus longue période de temps. De plus, il permet une foule de possibilités. Vous voulez moduler les frais de scolarité en fonction des perspectives salariales des diplômés? Faites-le! Il s’agirait d’un excellent compromis.

La CLASSE ne cesse de dire qu’elle se préoccupe de la justice sociale. Le RPR est un système qui permettrait de faire payer leur juste part aux riches de demain, lorsqu’ils seront riches! En gros, la Coalition est pour la justice sociale uniquement lorsque ça cadre avec son agenda politique.

L’ASSÉ revendique l’étatisation de tous les établissements scolaires privés (à but lucratif ou non). 

On subventionne les écoles privées parce qu’il nous coûterait plus cher d’éduquer les élèves du privé au public. C’est un compromis, un choix de société. Les Québécois semblent bien s’accommoder de la situation, puisque 19,6% des enfants sont inscrits à l’école secondaire privée.

On se soucie donc de quoi à la CLASSE? De la qualité de l’éducation ou de la préservation de l’idéologie?

L’ASSÉ se positionne pour la gratuité scolaire à tous les niveaux pour les étudiantes étrangères et les étudiants étrangers. 

L’ASSÉ revendique la gratuité scolaire à tous les niveaux et indépendamment de l’origine nationale ou provinciale de l’étudiante ou de l’étudiant. 

Si nous jouissons de frais de scolarité aussi bas, c’est parce que nous payons des impôts québécois. Il en sera de même si nous mettons en place la gratuité scolaire. En 2008, le taux de rétention des étudiants étrangers au Québec étaient de 32%. 68% quittent donc la province. Avec la gratuité, la facture serait reléguée aux contribuables québécois (et un peu aux canadiens) qui ne reverraient jamais leur argent. Solidarité sociale ou fardeau fiscal?

J’opte pour la seconde option.

L’ASSÉ s’oppose à toute forme de contigentement dans les programmes d’études collégiaux et universitaires, considérant qu’il s’agit d’une entrave à l’accessibilité à l’éducation ; que l’ASSÉ se prononce pour l’abolition de la cote R. 

J’ai une très mauvaise nouvelle: on ne peut pas tous être médecin ou ingénieur aérospatial. Pour parvenir à ces programmes, il faut connaître d’excellentes performances académiques. Les universités ne demandent pas ça pour rire, ni pour discriminer injustement. Les programmes sont contingentés pour deux raisons: s’assurer que les étudiants soient assez compétents pour s’acquitter de leurs devoirs quand ils atteindront le marché du travail et s’assurer qu’ils seront capables de maintenir le niveau académique requis au sein du programme.

Prenez l’exemple du médecin. Il joue avec votre vie. Personne ne peut se permettre d’accepter au sein de la communauté médicale des gens qui n’en ont pas la capacité.

La cote R, avec toutes ses imperfections, demeurent un système qui fonctionne relativement bien. La juger discriminatoire et en réclamer l’abolition est complètement farfelu et déconnecté de la réalité.

Que l’ASSÉ dénonce le régime d’Apartheid qui sévit en Israël, ainsi que le soutien du gouvernement canadien à l’État d’Israël.

Que l’ASSÉ se porte solidaire des luttes d’autodétermination au Moyen-Orient, entre autres en Palestine.

Que l’ASSÉ se positionne en faveur d’une campagne de « boycott, désinvestissement et sanctions » contre l’Apartheid israélien. 

Lorsque je dénonce l’instrumentalisation des associations étudiantes à des fins politiques, je ne pouvais trouver meilleur exemple. L’accusation d’apartheid est extrême. Pourtant, c’est une position officielle de l’ASSÉ. Elle n’a absolument aucun rapport avec l’accessibilité aux études post-secondaires, ni avec le financement de nos institutions scolaires ni avec le système d’éducation québécois en général. Comment une coalition peut-elle prétendre représenter 84 000 étudiants en se prononçant de manière aussi tranchée sur un débat aussi polarisant?

Que la détermination du moment où la radicalisation de la lutte est nécessaire revient à l’ensemble des membres. 

Voilà la raison pourquoi la CLASSE refuse systématiquement de condamner la violence. Elle la cautionne indirectement. La «radicalisation», c’est sûrement ce qu’on a vu jeudi dernier lors de la manifestation contre la brutalité policière. De plus, l’utilisation d’un tel vocabulaire ne laisse pas place à l’interprétation. Radical, est-ce comme ça que l’écrasante majorité des étudiants se définit?

Comment se fait-il que la CLASSE soit devenue le porte-parole de facto de la grève étudiante? Est-ce vraiment la voix des étudiants, avec un agenda aussi absurde, ridiculement politisé et déconnecté? La CLASSE, c’est la grève jusqu’à la gratuité scolaire. Ce qui intéresse la CLASSE, ce n’est pas le bien-être des étudiants qu’elle prétend représenter. C’est l’avancement de son agenda politique. Peu importe les idées qui seront mises de l’avant par la ministre, ce sera un «non» retentissant.

Aucun compromis devrait être le slogan de la CLASSE. Les étudiants québécois méritent mieux.

Source: http://www.asse-solidarite.qc.ca/spip.php?article19&lang=fr


On a trouvé Line Beauchamp!

La ministre de l’Éducation sort finalement de sa caverne

À vos écrans, dimanche soir à 20h à Radio-Canada. 

À quel jeu joue la CLASSE?

Je viens de recevoir des courriels de la part de McGill. Il semblerait que la manifestation contre la brutalité policière se soit rendue sur le campus de mon université.

A group of protesters from today’s march against police brutality has just entered campus and is currently at the Y intersection. Police on bicycles have just entered campus. Please stay inside for the moment if you want to avoid the protest.

À cela s’ajoute des SMS peu encourageants. Ça donne le ton quant à la nature de la marche. En 15 éditions, elle s’est terminée 13 fois dans la violence (voir vidéo). Alors, dites-moi pourquoi la CLASSE a encouragé les étudiants à y participer?

Encore une fois, ça a mal viré: la casse, la violence et les arrestations ont été au rendez-vous. Bravo, la CLASSE. Bel exemple de solidarité avec le reste de la société qui aimerait voir un débat un peu plus civilisé (et qui paiera pour la gratuité que vous voulez tant). Pourquoi la tête de la Coalition ne prendrait pas exemple de certains groupes étudiants qui ne cherchaient pas la confrontation? Ou d’autres qui ont contenu des casseurs?

Faut-il s’étonner qu’une association dont le porte-parole refuse de condamner le blocage de rues importantes montréalaises et qui refuse de dévoiler le trajet de ses manifestations aux policiers veuille que les étudiants aillent se mêler à des gens peu fréquentables?

La CLASSE  mène une politique de confrontation dont la mauvaise foi est incroyable. Elle gagnerait à cesser de jouer le jeu de la provocation en commençant à dialoguer avec la police, comme le font la FECQ et la FEUQ. Tout le monde serait pas mal moins stressé et ça éviterait d’autres Francis Grenier. À moins que ça ne fasse partie de leur plan de communication: pousser constamment les forces de l’ordre à bout pour qu’ils fassent des conneries et ainsi s’attirer la sympathie du public.

Vous sentez-vous vraiment représenter par une coalition utilisant de telles tactiques?

Ajout: Comment protester contre la brutalité policière? En brutalisant la police!

Comment protester contre la brutalité policière? En brutalisant la police!

La liberté d’association

La CÉPAL a fait son apparition dans le climat de la contestation étudiante. Une troisième voie? Pas vraiment, puisque la Coalition veut une réforme des associations étudiantes qui durera bien plus longtemps que l’actuel débat. Ils sont ni pro-hausse ou pro-grève. Ils n’existent pas pour ça. Ils sont pro-démocratie étudiante. 

La politisation des associations étudiantes est un problème. On va à l’université et au CÉGEP d’abord pour étudier, pas pour faire de la politique. Les taux de participation aux assemblées générales reflètent cette réalité. Si certains s’intéressent à la politique étudiante, tant mieux. C’est un peu comme ceux qui, par exemple, s’intéressent à la politique fédérale: ils deviennent membre et paient le prix du membership avec leur argent, volontairement. 

Une association peut justifier la cotisation obligatoire qu’on lui verse en fournissant des services comme des activités sociales, des assurances, des services d’aide aux études et aux étudiants en détresse. Quand vient le temps de militer, la donne change. On nous sert le discours du « Oui, mais c’est voté démocratiquement ». Si le PCC utilisait les fonds publics pour financer une campagne publicitaire vantant les mérites de Stephen Harper, vous achèteriez cette excuse? J’espère que non. Moi non plus, d’ailleurs. 

Alors séparons la politique et les services. Ceux désirant militer dans le mouvement étudiant aurons tout le loisir de contribuer dans une association militante. Cela respectera les droits de ceux qui ne sont pas intéressés par la politique et permettra aux associations non-militantes de se concentrer sur les services aux étudiants. 

Je vous invite donc à aller signer la pétition initiée par la CÉPAL. N’oubliez pas, signer n’est pas prendre position dans le débat sur la hausse. C’est considérer que la démocratie étudiante vaut la peine d’être sauvée d’elle-même.