De l’injonction au Québec

par jeanfrancoistrudelle

Vous excuserez le mauvais jeu de mot sur le dos de Alexis de Tocqueville.

On ne cesse d’entendre, de la part des défenseurs de la glorieuse révolution étudiante, que les injonctions violent la glorieuse démocratie étudiante dont j’ai déjà exposé les failles. Un océan, que dis-je, un univers de bêtises a eu lieu depuis la rédaction de mon billet. Dans ce qui est arrivé récemment, je donne une mention spéciale à l’AFESPED-UQAM, qui ne veut même pas respecter un vote mettant fin à la grève de la part des étudiants en droit.

Certains nous feront croire que les associations étudiantes sont démocratiques. J’hésite à dire si c’est de la mauvaise foi ou de la naïveté. Sûrement un peu des deux.

Cela m’amène à parler de la nature démocratique d’une injonction. Au Canada et dans le monde occidental libre et civilisé, les gouvernements voient leur pouvoir limité par des constitutions et/ou la tradition. Autrement dit, la voix de la majorité n’a aucune valeur si elle s’impose dans une sphère où le gouvernement n’a pas autorité. Ainsi, l’Assemblée nationale ne peut pas légiférer sur tout ce qui lui plaît. Par exemple, elle ne pourrait dépouiller un groupe ethnique de son droit à l’expression, et ce, même si les Québécois étaient en faveur d’une telle règle à 99%. Si une loi votée démocratiquement dépasse les limites qui ont été imposées, fort probablement que son application sera suspendue par… une injonction. Et devinez quoi. L’injonction sera démocratiquement légitime.

Les associations étudiantes sont aussi limitées dans leur pouvoir. Elles peuvent fournir des services aux étudiants à partir des cotisations. Les votes en AG servent à déterminer comment sera dépensée l’argent. Un vote de grève, dans le cas d’une association étudiante, ne fait qu’envelopper d’un statut «officiel» le fait que certains étudiants désirent sécher les cours pour poursuivre un but politique. Il ne donne pas le droit de bloquer l’accès aux autres, l’éducation étant un droit fondamental.

Si l’Assemblée nationale du Québec ou la Chambre des Communes du Canada peuvent être contraintes par une injonction, alors pourquoi une association étudiante ne pourrait pas l’être? Aux dernières nouvelles, elles ne sont pas plus puissantes que ces chambres délibérantes. Elles ne devraient jamais l’être, d’ailleurs.

Personne n’est au-dessus des lois. Même pas si vous avez un vote de grève bidon pour « appuyer » votre « mouvement ». Et si les étudiants déclarent que les lois autorisant les injonctions sont illégitimes, alors laissez les étudiants qui ne sont pas d’accord ne pas reconnaître la souveraineté d’une association étudiante sur leur vie.

It takes two to tango.

Je prône la révolte contre la botte oppressive des associations étudiantes.

Faites valoir vos droits.

AJOUT: Qui permet aux associations étudiantes d’exister? Ah oui. L’État québécois par le biais de la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants. Si les injonctions ne valent rien, alors pourquoi cette loi aurait-elle une quelconque valeur?

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