Non à la grève

Le méchant étudiant pour la hausse.

Mois : mai, 2012

Crise sociale?

Le terme est désormais entré dans la bouche de nos journalistes. Après le « printemps québécois » (ou érable, c’est selon), il semblerait que nous vivions une véritable « crise sociale ». Je ne parlerai pas de la question du printemps québécois, qui est franchement un abus de langage. Je vous invite plutôt à voir à quoi se compare notre « printemps québécois » au véritable printemps arabe.

L’incarnation de la « crise sociale » selon nos journalistes seraient le tintamarre de casseroles qu’on entend un peu partout au Québec ainsi que les nombreuses manifestations qui ont lieu principalement dans le centre-ville de Montréal.

Je me suis intéressé au phénomène des casseroles pour voir de quoi il était question. Est-ce vraiment la population québécoise qui s’indigne contre un gouvernement supposément corrompu qui brimerait leurs libertés fondamentales? Ou est-ce tout simplement des gens qui n’ont jamais voté pour Jean Charest et qui ont toujours détesté le gouvernement libéral depuis son élection en 2003? Si on se fie aux médias, on croirait que c’est la première option qui l’emporte. Or, une analyse un peu plus approfondie nous mène à penser le contraire.

J’ai comparé les positions géographiques des casseroles aux résultats électoraux de l’élection de 2008. Les résultats auraient de quoi surprendre un journaliste. Je ne l’étais pas.

Voici comment se répartit « la population québécoise qui se soulève ».

Montréal

Il y a beaucoup d’information, ce qui rend la compréhension de l’image un peu complexe, mais remarquez-vous quelque chose? Curieusement, les casseroles sont extrêmement concentrées dans les comtés péquistes et le comté solidaire. Il y en a aussi dans les comtés libéraux. J’y reviendrai.

Québec

Je crois que ça se passe d’explications ici.

Saguenay

Encore une fois, ça se passe chez les péquistes.

Québec en entier

La plus grande concentration est à Montréal. Si vous retournez voir la carte de Montréal, vous remarquerez que les casseroles sont presque en totalité dans l’Est montréalais francophone. Il y en a un peu partout au Québec, je le reconnais. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit principalement d’un mouvement montréalais. Il y a eu des casseroles dans des places fortes ou symboliques du PLQ, comme la région de Gatineau et Sherbrooke. À Gatineau, il n’y en avait qu’une centaine. À Sherbrooke, ils étaient 400. On est loin de la crise populaire, surtout quand on sait que Jean Charest a échappé au pire dans son comté en 2007 (il avait été déclaré vaincu par le candidat péquiste à Radio-Canada) et qu’il a été élu avec 7% d’avance (environ 2300 voix) sur son rival péquiste en 2008. Il y a donc un fond d’opposition au PLQ dans cette ville.

Allons voir le portrait général du nombre de manifestations à la casserole. J’ai comptabilisé le nombre d’incidences par comté. Je n’ai mis que les comtés où il y avait eu une manifestation, peu importe la taille (on parle parfois d’une seule personne). Je tiens à dire que j’inclue comme comtés péquistes les comtés qui ont voté PQ en 2008. Je ne tiens pas compte des changements qui ont eu lieu sans l’accord des commettants.

Les comtés péquistes sont surreprésentés. 60 manifestations sur les 112 que j’ai comptées sur la carte (permettez-moi une petite marge d’erreur) y ont eu lieu. Quand on ajoute les solidaires, on arrive à 73 sur 112. 65% des casseroles ont donc eu lieu dans des comtés possédés par deux partis contrôlant 42% de l’Assemblée nationale. Les manifestations les plus importantes (montréalaises) ont eu lieu dans les comtés péquistes et solidaire.

Les deux comtés où il y a eu le plus de manifestations à la casserole sont Gouin et Mercier. Dans Gouin, Françoise David est la candidate de Québec Solidaire et Mercier est représenté par Amir Khadir à l’Assemblée nationale. Françoise David, en 2008, a cumulé près de 32% des voix. Si on additionne avec le résultat péquiste, on obtient 73% des voix. Dans Mercier, Khadir a gagné avec 38% des voix. Si on additionne ces résultats avec ceux de Daniel Turp du PQ, on obtient 72% des voix.

J’ai mis en évidence deux comtés libéraux. Beaucoup de manifestations ont eu lieu dans Laurier-Dorion. Ce comté se trouve entre Crémazie (PQ en 2008) et Gouin (PQ avec forte présence QS). Ce sont sûrement des gens qui ont marché dans ce comté, mais qui venaient de plus au sud de la ville. De plus, il s’agit d’un comté avec une forte présence péquiste. En ce qui concerne Outremont, toutes les manifestations ont eu lieu dans le Mile End (adjacent à Mercier, comté de Khadir) et autour de l’Université de Montréal (on se demande pourquoi…). Ces manifestations ne sont pas représentatives de l’électorat de ce comté. D’ailleurs, dans le Mile End, QS connait de bons résultats, remportant même quelques sections de vote.

J’ajouterais un commentaire sur deux autres comtés libéraux: ceux de Verdun et de St-Henri-Ste-Anne. Tous deux ont aussi de fortes concentrations de vote péquiste. Encore une fois, on remarque les casseroles ont eu lieu dans ces secteurs.

Deux observations s’imposent. La première est qu’il s’agit principalement d’un phénomène situé dans l’Est francophone montréalais. Cela semble être corroboré par les votes de grève dans les CÉGEP, ceux ayant maintenu le boycott de leurs cours se trouvant majoritairement à cet emplacement.

Deuxième observation: la plupart des manifestants se trouvent dans des comtés péquistes et solidaire montréalais. La gauche y est très forte. Ils ont cette réputation depuis des lustres. Je posais deux questions au début de ce billet. Il semblerait que la 2e soit la bonne. Ce sont des gens qui n’aiment pas les libéraux, et ce, depuis 2003. Ils ont finalement une chance d’extérioriser leur mécontentement bruyamment et attirer l’attention. Ces gens ne sont pas le « peuple québécois ». C’est l’électorat de gauche montréalais dans tout ce qu’il a de plus typique et qui est frustré de ne pas être au pouvoir depuis bientôt 10 ans. Fait cocasse, les casseroles ont commencé au Chili pour protester contre le gouvernement socialiste de Allende dont les politiques ne laissaient rien dans les casseroles. Cocasse qu’elles surviennent dans des comtés où QS obtient de si bons résultats…

Il n’y a pas de crise sociale. Il y a seulement un immense refoulement des opposants au PLQ qui explose en ce moment. Les gens qui protestent ne sont pas « écoeurés » de leur gouvernement. Ils n’en ont jamais voulu en premier lieu de ce gouvernement!

Alors pourquoi les journalistes nous parlent de crise sociale? C’est simple. Je ne les accuse pas d’être biaisés. Au contraire, leur travail fut exemplaire et colossal. Or, même à Radio-Canada, il y a un intérêt économique à avoir une crise. Ça mousse les cotes d’écoute et ça augmente le tirage. Ils ont donc tout intérêt à maintenir un sentiment de crise ambiante pour garder leurs auditeurs et leur lectorat. À RDI, la couverture continue du débat sur la loi 78 a permis d’augmenter leurs cotes d’écoute. Alors pourquoi mettre fin à la fête quand on peut la faire continuer en y ajoutant un peu de piquant? C’est de là que vient la « crise sociale ».

Il y a une crise étudiante oui. Mais ne concluons pas du fait que plusieurs groupes se soient joints au mouvement de protestation étudiant qu’il « se passe quelque chose au Québec ». Ces groupes sont teintés politiquement et suivent un agenda politique précis.

Et ça, il faut le dire.

PS.: Je me permets une conclusion de style meme.

Ce que les manifestants pensent qu’ils sont.

Ce qu’ils sont réellement. 

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De la démocratie à l’AFESPED

Aujourd’hui, nous avons eu le meilleur exemple du grand mythe de la démocratie étudiante.

Les étudiants en droit de l’UQAM ont voté leur retour en classe. Ils ont mis un terme à la grève. L’AFESPED, l’association dans laquelle ils sont emprisonnés, refuse de reconnaître ce vote. Ses membres s’obstinent donc à nuire aux étudiants en droit, en dépit de leur vote démocratique. Les étudiants en droit se sont donc tournés vers les tribunaux pour forcer l’application de leur volonté démocratique.

Or, la démocratie, dans nos universités et collèges, n’a qu’un sens: celui des révolutionnaires enragés qui pensent que le monde leur appartient et que la loi doit se plier à leur moindre volonté. Mais voyez-vous, la loi existe précisément pour nous protéger de telles personnes. Elle existe pour éviter que des illuminés pensent que leurs opinions peuvent être imposées sur tout le monde, peu importe la volonté des gens qui seront victimes de leur mégalomanie.

Aujourd’hui, nous avons vu la démocratie de l’AFESPED à l’oeuvre. L’association a envoyé ses militiens pour faire sa loi. Masqués, comme des lâches, ils sont allés perturber les classes de ceux qui avaient droit d’y être. Ils ne sont pas contentés de ça. En grands démocrates, des hommes grévistes ont brusqué deux femmes. Ils ont insulté les étudiants. Ils ont brusqué un journaliste qui avait le culot de témoigner de leurs activités.

C’est ça la démocratie? Violer le droit à l’information de la population? Violer le droit à l’éducation des étudiants? Violer le droit de vote?

Ce ne sont pas des agissements de gens souhaitant la démocratie. Ce sont des gens souhaitant imposer leur volonté sur tout le monde par la violence, l’intimidation, la haine, le mépris et la brutalité.

Une loi spéciale sera déposée. Ces personnes subiront finalement les conséquences de leurs actes immondes, répugnants et dégueulasses.

Cette «grève» a assez duré. Les associations ne sont pas au-dessus des lois.

Il est temps de leur rappeler.

De l’injonction au Québec

Vous excuserez le mauvais jeu de mot sur le dos de Alexis de Tocqueville.

On ne cesse d’entendre, de la part des défenseurs de la glorieuse révolution étudiante, que les injonctions violent la glorieuse démocratie étudiante dont j’ai déjà exposé les failles. Un océan, que dis-je, un univers de bêtises a eu lieu depuis la rédaction de mon billet. Dans ce qui est arrivé récemment, je donne une mention spéciale à l’AFESPED-UQAM, qui ne veut même pas respecter un vote mettant fin à la grève de la part des étudiants en droit.

Certains nous feront croire que les associations étudiantes sont démocratiques. J’hésite à dire si c’est de la mauvaise foi ou de la naïveté. Sûrement un peu des deux.

Cela m’amène à parler de la nature démocratique d’une injonction. Au Canada et dans le monde occidental libre et civilisé, les gouvernements voient leur pouvoir limité par des constitutions et/ou la tradition. Autrement dit, la voix de la majorité n’a aucune valeur si elle s’impose dans une sphère où le gouvernement n’a pas autorité. Ainsi, l’Assemblée nationale ne peut pas légiférer sur tout ce qui lui plaît. Par exemple, elle ne pourrait dépouiller un groupe ethnique de son droit à l’expression, et ce, même si les Québécois étaient en faveur d’une telle règle à 99%. Si une loi votée démocratiquement dépasse les limites qui ont été imposées, fort probablement que son application sera suspendue par… une injonction. Et devinez quoi. L’injonction sera démocratiquement légitime.

Les associations étudiantes sont aussi limitées dans leur pouvoir. Elles peuvent fournir des services aux étudiants à partir des cotisations. Les votes en AG servent à déterminer comment sera dépensée l’argent. Un vote de grève, dans le cas d’une association étudiante, ne fait qu’envelopper d’un statut «officiel» le fait que certains étudiants désirent sécher les cours pour poursuivre un but politique. Il ne donne pas le droit de bloquer l’accès aux autres, l’éducation étant un droit fondamental.

Si l’Assemblée nationale du Québec ou la Chambre des Communes du Canada peuvent être contraintes par une injonction, alors pourquoi une association étudiante ne pourrait pas l’être? Aux dernières nouvelles, elles ne sont pas plus puissantes que ces chambres délibérantes. Elles ne devraient jamais l’être, d’ailleurs.

Personne n’est au-dessus des lois. Même pas si vous avez un vote de grève bidon pour « appuyer » votre « mouvement ». Et si les étudiants déclarent que les lois autorisant les injonctions sont illégitimes, alors laissez les étudiants qui ne sont pas d’accord ne pas reconnaître la souveraineté d’une association étudiante sur leur vie.

It takes two to tango.

Je prône la révolte contre la botte oppressive des associations étudiantes.

Faites valoir vos droits.

AJOUT: Qui permet aux associations étudiantes d’exister? Ah oui. L’État québécois par le biais de la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants. Si les injonctions ne valent rien, alors pourquoi cette loi aurait-elle une quelconque valeur?

La faute à qui?

En octobre 2011, le gouvernement du Québec proposait le projet de loi 33 mettant fin au placement syndical, un dossier qui traînait depuis des décennies. Pendant les débats, on a vandalisé des bureaux de ministres et de députés libéraux. La ministre du Travail, Lise Thériault, a été menacée. Plusieurs chantiers ont été perturbés. Des gros bras ont failli tuer des scaphandriers en guise de protestation. La ministre Thériault avait condamné la violence et avait promis de ne pas plier devant elle. Les travailleurs, eux, voulaient travailler.

Début 2012. Grève étudiante. La gouvernement a décidé de dégeler les frais de scolarité, un dossier qui traînait depuis 20 ans. Des bureaux de ministres et de députés libéraux sont vandalisés. La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a été menacée. Des syndicalistes en devenir empêchent des étudiants d’assister à leurs cours. Les AG souffrent d’un grand déficit démocratique. Il y a de la violence et de l’intimidation dans les rues de Montréal (et de Victoriaville). Line Beauchamp refusait de discuter avec des gens pathologiquement incapables de condamner la violence.

Commencez-vous à comprendre?

La violence syndicale commise lors du débat sur le projet de loi 33 était uniquement la faute des syndicats qui l’organisaient en catimini. Lise Thériault et Diane Lemieux n’avaient rien à voir dedans pour une raison bien simple: elles faisaient leur travail et des gens ont signalé, d’une manière sauvage, qu’ils n’appréciaient pas. Tant pis pour eux s’ils ont choisi la violence. Ils sont les seuls responsables de leurs gestes et ont fait face aux conséquences.

Si cette logique s’appliquait en octobre 2011, elle s’applique pour l’année 2012. Quand on casse une vitre ou qu’on bat un policier, ce n’est pas la faute d’un gouvernement qui gouverne. C’est la faute de celui qui casse la vitre et qui bat un policier. Et ce, peu importe ce que diront les bien-pensants en mal de révolution qui ont bien de la difficulté à accepter que le compas moral du mouvement étudiant est clairement brisé en mille morceaux.

Point. À. La. Ligne.