La fantaisie

par jeanfrancoistrudelle

Les associations étudiantes croient au Père Noël. J’ai une mauvaise nouvelle: il n’existe pas.

Faisons payer les riches et les entreprises

On nous parle souvent des 10 paliers d’imposition et d’imposer plus les entreprises. Les chiffres souvent cités proviennent d‘une étude de l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socio-économiques). Deux problèmes avec cette étude: elle n’a été écrite par aucun économiste et elle ne tient pas compte de l’impact d’une plus grande taxation sur l’économie. Le 2e point suffit pour la discréditer, mais je vais quand même expliquer pourquoi elle tient du conte de fées.

D’abord, nous devons vivre dans une société terriblement inégalitaire pour que plein de riches puissent s’en mettre plein les poches sur le dos de la classe moyenne. Vraiment? Non, nous dit Martin Coiteux.  Depuis 1993, ce sont les 20% les moins riches au Québec qui se sont enrichis. Toutefois, devinez ce qui est venu tout gâcher? L’impôt québécois. Au fur et à mesure que ceux-ci s’enrichissaient, l’État québécois, qui autrefois les aidait, s’est mis à tout leur enlever. Résultat? Le 20% plus riche s’enrichit et  le reste paie la note. Constat de Martin Coiteux?

En définitive, c’est la forte progressivité du système fiscal québécois et canadien qui a ramené les importants gains de revenus des 40% les moins riches au niveau nettement plus modeste de ceux des 40% appartenant aux classes moyenne et moyenne supérieure.

Et on veut taxer encore plus? Vous me répondrez que justement, nous allons corriger la situation avec les 10 paliers d’imposition. Ravisez-vous, ça ne marchera pas.  Ceux gagnant plus de 100 000$ paient 21% des revenus de l’impôt au Québec, alors qu’ils ne représentent que 4% de la population. Au Québec, le revenu moyen chez les gens gagnant plus de 100 000$ est de 183 000$. Aux États-Unis, il est de  258 000$. Autrement dit, les États-Unis ont des riches. Nous n’en avons pas. Et non, ils ne sont pas cachés quelque part dans le sous-sol de Sagard. De plus, gardez en tête que les plus riches sont les plus mobiles de la société. Ils sont aussi ceux qui ont les moyens de se payer de bons comptables et de bons fiscalistes.

Passons aux entreprises. Ce sera bref: trop d’impôt tue l’impôt. Les gouvernements obtiennent plus de recettes fiscales de la part des entreprises avec un taux à 25% qu’avec un taux à 48%.  La CLASSE veut suivre les recommendations de l’IRIS? Saccageons notre économie! Ils se consoleront en disant que c’est un choix de société et qu’au final, rechercher le bien-être économique, ce n’est pas si nécessaire.

Des vraies solutions

Maintenant que vous savez que la CLASSE imagine des riches au Québec et que sa croyance que les compagnies produisent pour payer de l’impôt tient de la fabulation, passons aux choses sérieuses. Quelles sont les solutions à l’impasse actuelle? En voici trois.

Revaloriser l’éducation supérieure

Vous me direz que je me mets le doigt dans l’oeil. Malheureusement, il semblerait que les Québécois ne valorisent pas beaucoup l’éducation. Au Québec, 40% des étudiants universitaires décrochent avant l’obtention de leur diplôme. Dans le reste du pays, on parle de 23%. Ceux qui décrochent, avec des frais aussi bas, représentent une perte de plus de 20 000$ par année passée l’université. Ils ont été subventionnés pendant plusieurs sessions, mais les contribuables ne jouiront jamais du retour fiscal qu’ils devraient avoir. Ajoutons que les Québécois sont très peu généreux envers leur alma mater. Dans le reste du pays, les particuliers représentent 42% du financement privé des universités. Au Québec, c’est 6%. Les dons sont pourtant une marque de gratitude envers l’institution qui nous permet de grandir comme individu et qui nous donne des outils incroyables pour la vie. Il faut aussi mettre fin à la pensée que l’éducation est un service comme les autres et non un investissement. Le rendement moyen d’un diplôme est de 16%, après impôt, par année. La hausse, par rapport aux gains d’être diplômé, c’est du petit change. Ça vaut la peine de payer et les gens doivent le réaliser.

Épargner

Le pus beau cadeau qu’un parent peut faire à son enfant, c’est l’éducation. Alors dites-moi pourquoi les parents québécois arrivent en neuvième place sur dix provinces en matière d’épargne-études? Luc Godbout répond:

 Il est également facile d’admettre que devant les faibles droits de scolarité, les Québécois voient moins la nécessité d’épargner pour les études de leurs enfants.

Dommage. Pourtant, l’épargne-études est un outil formidable pour assurer l’accès à l’université de nos enfants. En plus, les gouvernements fédéral et provincial fournissent une aide considérable. Le gouvernement du Canada subventionne jusqu’à 7200$ l’épargne-études. Le gouvernement du Québec, lui, jusqu’à 3600$! Cela fait un total de 10 800$ en subventions. Un compte d’épargne-études devrait être ouvert dès la naissance d’un enfant.

Mettre en place un système de remboursement proportionnel au revenu

Si les associations étudiantes veulent négocier, voici leur meilleur pari. Le remboursement proportionnel au revenu permet à l’étudiant de choisir entre payer maintenant ou payer plus tard, lorsqu’il aura un revenu minimal. Le remboursement sera fiscalisé, donc il s’effectuera en payant de l’impôt. L’Australie l’a essayé. Résultat? Elle a pu moduler les frais de scolarité en fonction des programmes et les augmenter. Quant à l’accessibilité, elle a augmenté. Les inscriptions ont cru de 50% depuis l’instauration du système et la composition socio-économique du corps étudiant n’a pas changé. Il s’agirait de la solution à l’impasse. J’oubliais… la CLASSE s’y oppose. 

Pendent ce temps-là, les associations étudiantes et les opposants à la hausse nous radotent la même histoire. L’éducation est une responsabilité collective, c’est le Printemps Étudiant, c’est la fin de la justice sociale, la marchandisation du savoir et la fin du modèle québécois en général. Ils vivent dans une fantaisie, rien de moins. Ils vivent dans une fantaisie où tout est dû à une collectivité inventée qui existe seulement par l’impôt selon eux. Taxons, taxons, chantent-ils en choeur. Mais taxer qui? Peu importe, faisons payer quelqu’un d’autre que nous. Quelqu’un qui n’a pas de visage, parce qu’il n’existe pas. Taxons continuellement, jusqu’à tout étouffer. Ça n’aura pas d’impact! L’IRIS nous a dit qu’on aurait plus d’argent, ça doit être vrai.

On peut se complaire dans des grands idéaux collectivistes et sur la mission fondamentale de l’université. Or, ça ne balance pas les livres à la fin de la journée. La vie n’est pas une logique comptable, mais la logique comptable fait partie de la vie, n’en déplaise à certains philosophes qui vivent dans les nuages. Le discours idéaliste doit prendre fin au Québec. Il n’y aura pas éternellement quelqu’un d’autre pour payer.

J’ai cessé de croire au Père Noël il y a 16 ans. Il est temps que les opposants à la hausse fassent de même.

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