Je dis non

par jeanfrancoistrudelle

Sur fond de musique dramatique, nos artistes se sont lancés dans une campagne de peur menée par les extrémistes de la CLASSE. Sûrement que les participants à ce vidéo étaient parfaitement au courant du refus de condamner la violence et des positions complètement saugrenues de la Coalition avant le tournage…

Fidèles à leurs habitudes, les quelques artistes de ce vidéo ont dit une quantité incroyable de faussetés. Au moment d’écrire ces lignes, 30 000 personnes ont vu le clip. Il est temps de réparer les dégâts intellectuels.

Affirmation 1 – Le Québec, s’pa une business

En effet, les universités québécoises ne sont pas des entreprises privées. Une institution dont près de 68% du financement vient du gouvernement s’appelle une société d’État.

Julien Poulin peut donc dormir sur ses deux oreilles. L’éducation au Québec, s’pa une business.

Affirmation 2 – On donne notre sous-sol et on se met à genoux devant des multinationales

Je ne ferai pas d’exposé sur les bienfaits de la mondialisation pour l’Humanité, la richesse qu’elle apporte et la paix qui l’accompagne. Je laisserai Paul Krugman expliquer pourquoi l’ouverture des marchés bénéficient aux plus pauvres de la planète, même si ça n’en a pas l’air. L’explication pacifique, je la laisse à Friedman. Excusez l’aparté . Revenons au Québec.

On donne nos ressources minières? Alors expliquez-moi pourquoi les droits miniers perçus au Québec sont 28% plus élevés que dans le reste du pays. Donc Paul, ne t’inquiète pas pour notre sous-sol.

Affirmation 3 – Nos taxes financent des avions de chasse et des portraits de la Reine

Nos taxes financent pas mal d’autres aberrations que des portraits de la Reine, Mme Baillargeon. Si vous cherchez un scandale fiscal, allez voir ailleurs. Pour ce qui est des dépenses militares, un cours de fédéralisme s’impose. L’armée est une compétence fédérale. L’éducation est une compétence provinciale.

À moins que vous ne souhaitiez voir Ottawa prendre une plus grande part dans les affaires du Québec, ce dont je doute compte tenu de vos opinions sur la question nationale.

Affirmation 4 – La hausse des frais, c’est 1625$ par année

Le clip est complètement discrédité lorsque Julien Poulin fait cette affirmation complètement fausse. La hausse, c’est 1625$ sur 5 ans, donc 325$ par année. Comment peut-on se prononcer sur une question lorsqu’on ne sait même pas quelle est la question? La CLASSE n’a même pas cru bon corriger cette petite erreur. Je ne m’attendais pas à mieux. La CLASSE n’a pas vraiment à coeur l’intégrité intellectuelle. Continuez à lire pour savoir pourquoi.

Affirmation 5 – Des milliers d’étudiants n’iront plus à l’université

Michel Rivard va au coeur du problème: l’accessibilité. Le célèbre chanteur semble avoir plus embrassé la cause par romantisme nostalgique plutôt qu’après avoir fait une recherche rigoureuse. Et ça paraît. Il gobe sans broncher l’histoire du 7000 étudiants qui quitteraient l’école. Il s’agit d’une fraude intellectuelle pure et simple de la part de la CLASSE. Si un tel chiffre avait été cité dans le contexte utilisé par la Coalition dans un travail universitaire, elle aurait été recalée.

Voici la réalité. La projection du 7000 étudiants est basée sur une hausse drastique et soudaine des frais de scolarité. Ce n’est pas ce que le gouvernement propose! Ce n’est pas moi qui le dit, mais bien le Comité Consultatif sur l’Accessibilité Financière aux Études (CCAFE). C’est le même comité qui aurait conclu, selon la CLASSE, que 7000 étudiants quitteraient l’université qui dit précisément que ce chiffre n’est pas utile dans le contexte actuel!

Le problème de l’utilisation de ces scénarios, convient Vierstraete, c’est qu’ils supposent une hausse soudaine et immédiate des droits de scolarité. Or, ce n’est pas ce qui est prévu dans le budget 2011-2012, puisque les droits augmenteront progressivement sur une période de cinq ans. Ces estimations doivent donc être utilisées avec la plus grande prudence. Cet exercice d’estimation suppose aussi que les étudiants subissent les hausses des droits de scolarité sans changer aucunement leur comportement. Or, précise Vierstraete, il est vraisemblable que cela ne sera pas le cas.
Source: http://www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/ccafe/50-1123.pdf (p.28)

Tournons un peu plus le fer dans la plaie. L’auteure met en garde les associations étudiantes contre l’utilisation abusive de son étude.

Les étudiants changeront leur comportement, c’est évident. L’utilisation du 7000 étudiants est frauduleuse. Michel Rivard aurait dû être plus prudent avant d’avancer « des milliers d’étudiants ».

N’arrêtons pas la discussion sur l’accessibilité maintenant. Il y a trop de mensonges à démonter. En Ontario, entre 1992-1993 et 2002-2003, les frais ont augmenté en moyenne de 7% par année. Quel a été l’effet sur l’accessibilité? Une hausse moyenne des inscriptions de 1,26% par année au cours de la même période. Cette augmentation est plus élevée que l’augmentation de la population âgée de 20 à 24 ans.

Pourquoi s’arrêter maintenant? Parlons de la Colombie-Britannique. De 1992-1993 à 2005-2006, les frais de scolarité ont augmenté en moyenne de  4,74% par année. Les inscriptions ont augmenté en moyenne de 3,04% par année pendant que la population âgée de 20-24 ans connaissait une croissance bien moindre.

Rentrons à la maison. Au Québec, lors du dégel de 1989-1990 à 1993-1994, les inscriptions ont continué d’augmenter, même si on connaissait une période de décroissance démographique. Une baisse a eu lieu de 1995 à 1998, mais elle s’est aussi remarquée dans les CÉGEP, qui sont pourtant gratuits.

Vais-je m’arrêter là? Absolument pas. Parlons du Royaume-Uni, qui a drastiquement augmenté ses frais de scolarité. En fait, le gouvernement de David Cameron les a triplés! Quel a été l’effet? Une baisse réelle de 2% à 3% des inscriptions, lorsqu’on contrôle toutes les variables. On parle ici de frais de 14 000$ par année! Et les plus démunis? On a vu une baisse de 0,2% de leurs inscriptions à l’université contre 2,5% pour les plus fortunés. Et les Britanniques ont triplé les frais en une année!  Les experts ont été confondus. Je ne suis pas surpris. Les prophètes de malheur ont souvent tort.

Continuons. 35% de la hausse retournera aux étudiants dans les prêts et bourses. 488$ d’économies en crédits d’impôts sont possibles.  Des arrangements avec les parents sont possibles.

L’accessibilité menacée? Pas du tout.

Michel Rivard, vous avez tort. La CLASSE a tort. Le mouvement étudiant a tort.

Affirmation 6 – Chez nous, j’ai des fleurs et quand je ne les arrose pas, elles meurent 

Dans ma ville, j’ai 4 universités. Quand on les sous-finance chroniquement, elles meurent.

Déficit cumulé des universités en 2009: 483 millions. 

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Ce printemps, je dis non. Je dis non aux gens qui vont en grève sans être informés. Je dis non à la désinformation chronique. Je dis non aux gens qui se prononcent sans savoir ce dont ils parlent. Je dis non au sentimentalisme dégoulinant.

Ce printemps, je suis pour la hausse. Ce printemps, j’assure l’avenir de l’université québécoise.

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