Aucun compromis

par jeanfrancoistrudelle

L’ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) n’a jamais eu une très bonne réputation. Toujours fermement marquée à l’extrême-gauche par ses ambitions révolutionnaires, elle n’a a jamais joui d’une grande crédibilité. Ses revendications oublient constamment une variable importante: la réalité. Comment remédier à la situation? Simple. Changez de nom, appelez vous la CLASSE et ayez l’air d’une grande coalition pour le salut de l’éducation post-secondaire au Québec. Les gens oublieront ce pourquoi vous vous battiez avant de vous cacher derrière un nouveau nom. Pourtant, un petit tour dans la section «Revendications» du site http://www.asse-solidarite.qc.ca permet de nous rafraîchir la mémoire.

Vous remarquerez que j’utilise CLASSE et ASSÉ de manière interchangeable. C’est parce qu’elles sont interchangeables.

Alors, que vous cache la CLASSE?

L’ASSÉ se prononce contre le Remboursement Proportionnel au Revenu (RPR). 

Le RPR est pourtant une bonne idée, puisqu’il permet d’ajuster le remboursement de la dette étudiante au revenu que l’étudiant obtiendra.  Il synchronise ainsi le monde de l’éducation et le marché du travail. Vous sortez de l’université et devenez avocat à Norton Rose? Vous paierez votre dette rapidement à travers votre rapport d’impôts. Vous sortez de l’université et devenez bibliothécaire? Vous paierez votre dette étudiante par petits paiements sur une plus longue période de temps. De plus, il permet une foule de possibilités. Vous voulez moduler les frais de scolarité en fonction des perspectives salariales des diplômés? Faites-le! Il s’agirait d’un excellent compromis.

La CLASSE ne cesse de dire qu’elle se préoccupe de la justice sociale. Le RPR est un système qui permettrait de faire payer leur juste part aux riches de demain, lorsqu’ils seront riches! En gros, la Coalition est pour la justice sociale uniquement lorsque ça cadre avec son agenda politique.

L’ASSÉ revendique l’étatisation de tous les établissements scolaires privés (à but lucratif ou non). 

On subventionne les écoles privées parce qu’il nous coûterait plus cher d’éduquer les élèves du privé au public. C’est un compromis, un choix de société. Les Québécois semblent bien s’accommoder de la situation, puisque 19,6% des enfants sont inscrits à l’école secondaire privée.

On se soucie donc de quoi à la CLASSE? De la qualité de l’éducation ou de la préservation de l’idéologie?

L’ASSÉ se positionne pour la gratuité scolaire à tous les niveaux pour les étudiantes étrangères et les étudiants étrangers. 

L’ASSÉ revendique la gratuité scolaire à tous les niveaux et indépendamment de l’origine nationale ou provinciale de l’étudiante ou de l’étudiant. 

Si nous jouissons de frais de scolarité aussi bas, c’est parce que nous payons des impôts québécois. Il en sera de même si nous mettons en place la gratuité scolaire. En 2008, le taux de rétention des étudiants étrangers au Québec étaient de 32%. 68% quittent donc la province. Avec la gratuité, la facture serait reléguée aux contribuables québécois (et un peu aux canadiens) qui ne reverraient jamais leur argent. Solidarité sociale ou fardeau fiscal?

J’opte pour la seconde option.

L’ASSÉ s’oppose à toute forme de contigentement dans les programmes d’études collégiaux et universitaires, considérant qu’il s’agit d’une entrave à l’accessibilité à l’éducation ; que l’ASSÉ se prononce pour l’abolition de la cote R. 

J’ai une très mauvaise nouvelle: on ne peut pas tous être médecin ou ingénieur aérospatial. Pour parvenir à ces programmes, il faut connaître d’excellentes performances académiques. Les universités ne demandent pas ça pour rire, ni pour discriminer injustement. Les programmes sont contingentés pour deux raisons: s’assurer que les étudiants soient assez compétents pour s’acquitter de leurs devoirs quand ils atteindront le marché du travail et s’assurer qu’ils seront capables de maintenir le niveau académique requis au sein du programme.

Prenez l’exemple du médecin. Il joue avec votre vie. Personne ne peut se permettre d’accepter au sein de la communauté médicale des gens qui n’en ont pas la capacité.

La cote R, avec toutes ses imperfections, demeurent un système qui fonctionne relativement bien. La juger discriminatoire et en réclamer l’abolition est complètement farfelu et déconnecté de la réalité.

Que l’ASSÉ dénonce le régime d’Apartheid qui sévit en Israël, ainsi que le soutien du gouvernement canadien à l’État d’Israël.

Que l’ASSÉ se porte solidaire des luttes d’autodétermination au Moyen-Orient, entre autres en Palestine.

Que l’ASSÉ se positionne en faveur d’une campagne de « boycott, désinvestissement et sanctions » contre l’Apartheid israélien. 

Lorsque je dénonce l’instrumentalisation des associations étudiantes à des fins politiques, je ne pouvais trouver meilleur exemple. L’accusation d’apartheid est extrême. Pourtant, c’est une position officielle de l’ASSÉ. Elle n’a absolument aucun rapport avec l’accessibilité aux études post-secondaires, ni avec le financement de nos institutions scolaires ni avec le système d’éducation québécois en général. Comment une coalition peut-elle prétendre représenter 84 000 étudiants en se prononçant de manière aussi tranchée sur un débat aussi polarisant?

Que la détermination du moment où la radicalisation de la lutte est nécessaire revient à l’ensemble des membres. 

Voilà la raison pourquoi la CLASSE refuse systématiquement de condamner la violence. Elle la cautionne indirectement. La «radicalisation», c’est sûrement ce qu’on a vu jeudi dernier lors de la manifestation contre la brutalité policière. De plus, l’utilisation d’un tel vocabulaire ne laisse pas place à l’interprétation. Radical, est-ce comme ça que l’écrasante majorité des étudiants se définit?

Comment se fait-il que la CLASSE soit devenue le porte-parole de facto de la grève étudiante? Est-ce vraiment la voix des étudiants, avec un agenda aussi absurde, ridiculement politisé et déconnecté? La CLASSE, c’est la grève jusqu’à la gratuité scolaire. Ce qui intéresse la CLASSE, ce n’est pas le bien-être des étudiants qu’elle prétend représenter. C’est l’avancement de son agenda politique. Peu importe les idées qui seront mises de l’avant par la ministre, ce sera un «non» retentissant.

Aucun compromis devrait être le slogan de la CLASSE. Les étudiants québécois méritent mieux.

Source: http://www.asse-solidarite.qc.ca/spip.php?article19&lang=fr


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